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Nouveaux media et personnes âgées

« Je vous écris depuis ma maison de retraite » déclarait, en 2010, Mireille Caunesil, autoproclamée « doyenne de l’Internet ». Les études le montrent, la génération des seniors se met de plus en plus à Internet, principalement pour communiquer, chercher de l’information et acheter. Ainsi, les 50-70 ans en France représentent plus d’un tiers des acheteurs en ligne avec un total de 48% des dépenses sur internet selon le sondage Les Français et Internet réalisé par TNS-Sofres pour Notre Temps en janvier 2011.

Quelle place les nouveaux média occupent-ils dans la vie des personnes âgées, notamment celles en maison de retraite ? Comment les hôpitaux et les EHPAD s’en servent-ils ?

Internet peut-il être un outil thérapeutique d’avenir ?

Exemples.

Le multimédia, un outil d’animation à fort potentiel en Ehpad

On peut avoir l’image d’une population de maisons de retraite de 90 ans et plus mais les entrants sont de plus en plus jeunes. Parfois, les résidents ont 60-65 ans et sont déjà habitués au multimédia. Pour autant l’équipement en hôpital ou en Ehpad reste relativement faible faute de moyens financiers et humains. De plus, les résidents combinent parfois plusieurs pathologies assez lourdes… Alors qu’en est-il vraiment de la place du multimédia ? Focus sur deux initiatives à succès.

L’expérience de l’Ehpad Saint Germain de l’Herm (63)

Dans la maison de retraite Saint Germain sur l’Herm, le blog est entièrement alimenté par les résidents qui produisent les contenus et les saisissent sur un poste informatique. Les ateliers multimédia n’ont pas lieu dans l’Ehpad lui-même mais dans la médiathèque du village, la médiathèque du Haut-Livradois « afin que les résidents aient des contacts avec l’extérieur, prennent de la distance et comprennent que ce qu’ils écrivent est visible dans le monde entier » analyse l’animatrice, Christiane Mollimard. Avant d’ajouter « C’est un travail de mémoire et de mise en mots auquel ils se livrent ».

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, ce ne sont pas les résidents les plus jeunes qui sont forcément les plus friands du multimédia : la moyenne d’âge de l’atelier, qui regroupe six résidents, tourne autour de 90 ans. 

Comment les ateliers se déroulent-ils ? Solidaire et assidu, le groupe de résidents se rend chaque semaine en minibus à la médiathèque où il retrouve trois bénévoles. Comme la frappe des personnes âgées est assez lente, la rédaction des contenus prend du temps : les articles sont donc plus souvent publiés tous les quinze jours que toutes les semaines. Le groupe travaille sur des carnets de recettes élaborées, des chansons entonnées à la chorale… racontant ainsi les temps forts de leur lieu de vie.

Le multimédia commence à prendre de l’importance chez les pensionnaires qui cherchent parfois à s’acheter un ordinateur portable pour communiquer via Internet avec leurs enfants ou pour rédiger le récit de leur vie.

Parfois même, des familles de futurs résidents choisissent l’établissement Saint Germain l’Herm en regardant le blog. C’est donc un vecteur de communication important qui rassure les familles en dévoilant des pans de la vie quotidienne de l’Ehpad.

Le libdup de Montfort l’Amaury, une initiative médiatisée

Autre forme d’animation multimédia, la vidéo. En 2011, le réalisateur Pascal Denis a filmé les résidents et les soignants de l’hôpital de Montfort l’Amaury pour un lipdup – une chanson en play back. Le clip rock, qui s’intitule « Viens à Montfort », fait le pendant d’une précédente chanson datant de 2010, « J’kiffe mon hôpital ».  

Les résidents filmés en bandanas et blousons de cuir jouent, tout sourire, de la guitare électrique ou de la batterie. Cette forme d’animation, fortement médiatisée, permet aux résidents de se remémorer des souvenirs, de participer de manière plus ou moins active à l’activité proposée (ils sont acteurs ou figurants du mini-film). Ainsi, par exemple, une patiente a même demandé à monter sur la Harley Davidson garée dans la cour de l’hôpital pour l’occasion.

Par ses capacités de diffusion, le vidéo clip permet aux maisons de retraite ou hôpitaux de communiquer largement et, selon la tonalité choisie, de rajeunir ou de moderniser leur image.

Les nouvelles technologies comme outil thérapeutique

L’ordinateur et les nouvelles technologies permettent de travailler sur la re-médiation et à ce titre sont d’une grande aide pour les personnes âgées, qu’elles soient à domicile, en maison de retraite ou à l’hôpital. C’est en tout cas la position du professeur Roland Jouvent, psychiatre et directeur du centre Emotion (CNRS) du CHU la Pitié-Salpêtrière "Nous travaillons d’une part avec les nouvelles technologies dont la réalité virtuelle et, d’autre part, nous réalisons des e-thérapies".

L’expérience de la réalité virtuelle

La re-médiation assistée par ordinateur évite l’atrophie des neurones grâce à l’utilisation de logiciels adaptés pour la population âgée. Pour travailler la mémoire, l’ordinateur est d’une grande utilité car il fait exécuter une tâche plus ou moins simple un grand nombre de fois, et ce sans mobiliser trop de personnel hospitalier.

Autre utilisation des nouvelles technologies, la réalité virtuelle. « L’exemple le plus frappant chez les sujets âgés est celui de la peur de tomber, déclare Roland Jouvent. Nous traitons les patients en les immergeant dans un environnement virtuel représentant un espace dans lequel ils doivent se mouvoir, marcher, tourner, etc ». Comme le cerveau se fatigue plus vite, les tâches courantes demandent plus d’efforts et deviennent angoissantes. C’est le vieillissement cognitif. Le stress inhibe le sujet âgé qui, peu à peu, se retire chez lui. Avec des exercices de réalité virtuelle, le sujet reprend confiance en lui. Par séance de dix minutes environ, le sujet est placé dans un univers virtuel dans lequel il peut se déplacer en sécurité. D’abord assis, il est ensuite debout dans la salle, avec une assistante en recherche clinique toujours près de lui. « Les résultats sont bons, presque trop. Les patients n’ayant plus une bonne conscience de leur corps se mettent à « trotter » avec le risque, cette fois, de réellement tomber », analyse le professeur Jouvent.

Pour corriger cet excès de confiance, vient le deuxième temps du travail de re-médiation, la réalité augmentée. La réalité augmentée, c’est pour un peu comme la Wii, c’est une réalité virtuelle avec une webcam qui permet de s’apercevoir. Le patient se voit donc apparaître sur écran, inclus dans le jeu. Ainsi, grâce à ce qu’on appelle l’embodiement, il retrouve son corps dans sa réalité charnelle, avec ses limites. Ce deuxième temps permet à la personne âgée de retrouver des repères et de réajuster sa conscience d’elle-même.

Pour en savoir plus sur les consultations contre la peur des chutes, vous pouvez contacter le centre Emotion au 01 42 16 28 72.

Les bénéfices de l’e-thérapie

En vieillissant, on voit ses relations sociales diminuer. Ceci est gênant sur un plan affectif mais aussi sur le plan de la flexibilité cognitive. Qu’entend-t-on par là ? La faculté d’exécuter automatiquement et facilement des tâches routinières dont certaines de manière concomitante. Le sujet âgé ne peut conserver ses facultés intellectuelles que grâce aux interactions sociales.

Pour faire travailler la flexibilité cognitive, le service du professeur Jouvent commence par faire un bilan de la mémoire, des déficits d’attention, etc. Ensuite, une consultation se met en place qui devient progressivement une consultation à distance, un e-soin. C’est une thérapie assistée par ordinateur.

Le centre Emotion apprend à ses patients à se connecter sur un poste informatique pour se mettre en relation avec le thérapeute. Cet apprentissage prend souvent la forme de quelques journées d’hospitalisation de jour.

Le travail à distance se fait grâce à des logiciels – qui ressemblent à Skype – développés par le centre et reliés à un réseau sécurisé pour des raisons de confidentialité du soin. Le patient voit sur une partie de son écran la tâche cognitive à réaliser ou des objets de re-médiation et sur une autre son thérapeute.

Important pour le sujet âgé qui ne peut pas toujours se déplacer, le bénéfice est également économique et écologique en évitant les transports.