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Les jardins thérapeutiques

Jardin thérapeutique

Stimulant le corps (via les sensations ou l’effort physique) et l’esprit (par un travail sur la mémoire), le jardin est reconnu comme un outil thérapeutique favorisant la santé et le bien-être de la personne âgée. Comment ces jardins thérapeutiques sont-ils agencés ? Quelles activités y sont proposées ? Petit tour d’horizon de la question à travers deux initiatives.

Créer un jardin en impliquant les résidents : l’Ehpad de Peyrehorade, lauréat du tout premier prix du Jardin thérapeutique

L’Ehpad Nauton Truquez de Peyrehorade, situé dans les Landes, comprend un parc de plus de 22000 hectares. Une chance que l’établissement a bien saisie en travaillant, depuis 2009, à la création d’un jardin thérapeutique.

« Il faut dire que, la majorité des résidents ayant été agriculteurs, le contact avec la nature leur manque » souligne la directrice de l’établissement, Patricia Ferey. C’est dans ces conditions que des réunions de travail ont été lancées. Ces réunions ont donné lieu à l’aménagement du jardin existant à destination des résidents valides et à la création d’un jardin suspendu, à hauteur des fauteuils roulants, à destination des moins autonomes. Elles ont aussi servi à déterminer les semis à planter tout au long de l’année.

Le jardin thérapeutique de l'Ehpad, qui comprend un jardin à la française, un jardin de rencontres avec des bancs, un jardin des senteurs avec des herbes aromatiques, un étang, un potager, etc., fait travailler tous les sens :

  • la vue avec les différentes couleurs,
  • l’ouïe avec le bruit des fontaines,
  • l’odorat avec les herbes aromatiques,
  • le goût avec la dégustation des légumes et
  • le toucher des fleurs pour la composition des bouquets.

Des réunions intermédiaires sur les ressentis des résidents ont permis d’adapter au mieux ce jardin ouvert sur la ville aux besoins, capacités et envies des résidents. « Un outil d’évaluation est mis en place pour déterminer les bénéfices des ateliers en matière de stimulation mémorielle, de concentration, de participation aux activités de la vie courante », précise madame Ferey.

Les ateliers organisés sont encadrés par toute une équipe : jardinier, ergothérapeute et animatrices qui, elles, promènent les moins valides.

Le jardin thérapeutique fait maintenant partie des critères de choix de l’établissement indique sa directrice qui vante les mérites des ateliers comme moyen d’ouverture sur le monde et les autres.

Jardin et Alzheimer : autour du CHU de Nancy

Quatre carrés thématiques : la Terre, le Feu, l’Eau et le Vent sur 3 800 m² pour stimuler les sens et les émotions des patients atteints de la maladie d’Alzheimer. Tel est le concept du jardin « Art, mémoire et vie » à l’hôpital Saint Julien, à Nancy.

« Le projet est né à la fois du constat – problématique – des troubles comportementaux notamment des déambulations dans la pathologie d’Alzheimer et des résultats de travaux montrant que l’accès à l’extérieur avait un effet bénéfique pour les malades », explique le Dr Thérèse Jonveaux, neurologue et psychiatre, chef de service de l’unité de soins de suite. Or l’hôpital de Saint Julien disposait d’un avantage certain : un jardin clos qui permettait des déambulations sécurisées. Pour transformer le parc en jardin thérapeutique, les équipes de l’hôpital ont interrogé, en 2006-2007, les patients, leur famille et les soignants pour connaître leurs souhaits et besoins. Elles ont notamment cherché à connaître les habitudes des malades d’Alzheimer lorsqu’ils se promenaient dans leurs jardins privés ou dans des parcs publics.

Toute l’originalité du jardin thérapeutique réalisé réside dans sa dimension sensorielle et esthétique.

Dans ce jardin à la française, les quatre éléments sont symbolisés par des sculptures (parfois sonores) et des vitraux réalisés par un designer allemand, le Dr Reinhard Fescharek. « Avec ses multiples couleurs et ses reliefs, le jardin lui-même est pensé comme une œuvre d’art », déclare le Dr Jonveaux.

Pourquoi un projet artistique pour répondre à une problématique thérapeutique ? La dimension artistique permet une certaine universalité. « Il est important que tout un chacun – patient, famille, soignant – se sente bien dans le jardin. Or le caractère esthétique contribue à ne pas avoir le sentiment d’être dans un espace  fortement médical(isé) », commente le Dr Jonveaux.

Les résultats de l’enquête menée en 2010, quelques années après la réalisation du jardin, montre que les patients sont plus calmes grâce au jardin thérapeutique. Aucun incident entre patients n’a été relevé. Du coup, les équipes soignantes, elles aussi, sont plus détendues.

Le jardin est certes un lieu de promenade accessible et sécurisé mais il est aussi un espace d’activités variées. Les kinésithérapeutes l’utilisent pour la rééducation, les orthophonistes pour travailler le langage, les psychologues pour réactiver la mémoire.

Il n’y a donc pas que le jardin qui est thérapeutique, il y a aussi tout ce qui y est fait. « Les thérapies non médicamenteuses font, selon le Docteur Thérèse Jonveaux,  l’objet d’un intérêt grandissant vu le nombre de malades concernés et l’absence de traitement curatif à l’heure actuelle ».

Aujourd’hui, les équipes du Dr Jonveaux cherchent à créer un observatoire pour recenser les jardins thérapeutiques et leurs bonnes pratiques.