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Personnes âgées fragiles

Quatre axes de travail dans la mission confiée au Gérontopôle de Toulouse

le 27 février 2012

[APM] La mission ministérielle confiée au Gérontopôle de Toulouse sur la personne âgée fragile comporte quatre axes de travail, a-t-on appris mardi auprès du Pr Bruno Vellas, responsable du projet.

La ministre des solidarités et de la cohésion sociale, Roselyne Bachelot, et la secrétaire d'Etat chargée de la santé, Nora Berra, ont demandé début janvier au Pr Vellas de proposer des actions pour la mise en oeuvre d'une politique nationale de prise en charge de la fragilité des personnes âgées et de prévention de la dépendance.
 
 Après avoir échoué à obtenir le statut d'institut hospitalo-universitaire (IHU) pour son projet d'Institut des sciences du vieillissement et prévention de la dépendance, le Gérontopôle a poursuivi son travail avec le soutien du directeur de l'hôpital, du doyen de l'université et de l'Agence régionale de santé (ARS) car "cette thématique nous semblait s'imposer", rapporte le Pr Vellas.
 
 "Nous avons organisé une réunion pour présenter ce projet début janvier à Roselyne Bachelot et Nora Berra qui ont été convaincues de l'intérêt de ce sujet".
 
 Selon le projet de lettre de mission que le Pr Vellas a reçu début février et dont APM a eu copie -le document doit être en cours de signature, selon le gériatre- il est demandé au Gérontopôle de travailler sur:
 
 - des outils simples de repérage des personnes fragiles en population générale pour les médecins généralistes, les professionnels des soins et de l'aide à domicile
 - les conditions d'évaluation et de traitement des fragilités liées à l'âge
 - le développement de la recherche clinique sur la fragilité et les pathologies invalidantes liées au vieillissement
 - une modélisation de l'étude menée au CHU de Toulouse autour de la prévention de la dépendance induite par les soins.
 
 Le Gérontopôle a débuté en octobre 2011 une expérimentation de repérage de la fragilité avec la mise en place au CHU d'une plate-forme d'évaluation des personnes âgées vivant en Haute-Garonne. Environ 150 personnes ont été vues à ce jour.
 
 "Les critères de fragilité sont bien définis à présent. Il suffit au médecin traitant de faire pratiquer un test de marche et s'il faut plus de quatre secondes pour parcourir quatre mètres, c'est un facteur de fragilité", explique le Pr Vellas.
 
 Les personnes âgées ainsi repérées sont adressées à la plate-forme pour une évaluation multidisciplinaire complète en hospitalisation de jour: il s'agit de déterminer les causes de la fragilité et de mettre en place un plan de prévention personnalisé.
 
 "Ce sont des interventions qui favoriseront le maintien de l'autonomie, avec des traitements pharmacologiques, par exemple pour une insuffisance cardiaque ou des troubles cognitifs, un suivi diététique, des exercices physiques et/ou des activités sociales".
 
 Un suivi des actions est également prévu car "il faut agir à long terme puisque le vieillissement progresse".
 
 Il est prévu de porter ce modèle à l'ensemble de Midi-Pyrénées en 2013 et de mener des études d'impact sur 2013-15 tout en assurant l'extension au plan national, précise le Pr Vellas.

FORMER LES AIDES A DOMICILE

En parallèle de la plate-forme, le Gérontopôle mène une expérimentation sur la commune de Blagnac (Haute-Garonne) de repérage de la fragilité par les aides à domicile formées à cet effet, avec télétransmission de différentes mesures permettant de surveiller les patients à distance.
 
 La mission ministérielle couvre également une étude du Gérontopôle bénéficiant d'un programme "chaire d'excellence" de l'Agence nationale de recherche (ANR): il s'agit de tester une intervention multidomaine pour prévenir la dépendance au sein d'un canton rural d'un millier de personnes.
 
 Concernant la dépendance iatrogène, c'est-à-dire le risque de perte d'autonomie après une hospitalisation, le gériatre rappelle qu'une grande étude est en cours sur l'ensemble du CHU de Toulouse, avec à ce jour plus de 350 patients inclus.
 
 Les résultats permettront de déterminer "la part évitable" de dépendance survenue à l'hôpital afin d'élaborer un programme de prévention. L'étude doit s'achever fin mars ou début avril, avec extension à l'ensemble des établissements publics et privés de Midi-Pyrénées en 2013.
 
 Enfin, le Gérontopôle mène des travaux de recherche fondamentale, par exemple sur une nouvelle cible pharmacologie dans le traitement des pathologies liées à l'âge ou sur l'impact de l'obésité dans le vieillissement, et participe à des essais cliniques, notamment en 2012 à une phase II de Lilly évaluant l'anticorps antimyostatine dans la sarcopénie.
 
 Dans la littérature, il existe de nombreux travaux qui ont démontré l'efficacité des actions sur la fragilité pour prévenir la dépendance mais il y a encore très peu d'applications à l'échelle nationale et la France sera parmi les premiers pays à le faire, indique le Pr Vellas.
 
 Le gériatre anticipe des difficultés pour réorganiser les filières existantes car les habitudes sont longues à changer et souligne la nécessité de mener des actions d'information et de sensibilisation auprès des médecins généralistes et des familles, en particulier lorsque les personnes âgées ne se déplacent plus pour consulter.
 
 L'extension au plan national sera menée avec la Société française de gériatrie et de gérontologie (SFGG) et, comme l'indique la lettre de mission, avec le comité national de coordination de la politique de prévention de la perte d'autonomie installé début février.
 
 "Le Gérontopôle sera force de proposition et mettra notamment à la disposition du comité national des outils méthodologiques et de suivi des actions", est-il précisé.

UN FINANCEMENT SUR CINQ ANS

Il est également mentionné que "pour mener à bien ces quatre axes de travail, le Gérontopôle bénéficiera d'un financement à cinq ans de crédits de recherche clinique et d'innovation".
 
 "L'enveloppe ne nous a pas encore été communiquée mais nous avons estimé nos besoins de financements à environ 500.000 euros par an pour le ministère de la santé et 200.000 euros par an pour le ministère de la solidarité", indique le Pr Vellas.
 
 En 2011, le Gérontopôle avait pu obtenir plus de 3,6 millions d'euros pour ses travaux de recherche (financements privés et publics français et européens) dont environ la moitié était déjà consacrée à la fragilité.
 
 Selon le projet de lettre de mission, le Gérontopôle doit produire avant le jeudi 1er mars "un projet détaillé de mise en œuvre des objectifs de la mission" puis rendre deux rapports, l'un avant fin mars sur les premiers résultats sur les quatre axes de travail et l'autre en novembre sur des modalités opérationnelles de repérage, d'évaluation et de prise en charge des personnes âgées fragiles".
 
 Enfin, "entre 2012 et 2016, le Gérontopôle devra apporter son appui scientifique et méthodologique au comité national de la prévention sur (...) l'accompagnement, la formation, la modélisation, l'évaluation et le suivi des actions mises en œuvre en régions".
 
 "Les personnes âgées dépendantes ne représentent que 10% de la population âgée mais concentrent 90% de l'activité gériatrique, la moitié est en bonne santé, vue par les généralistes et les spécialistes, mais les fragiles, environ 40%, personne ne s'en occupe alors qu'elles sont les plus à risque de devenir dépendantes", rappelle le gériatre.
 
 "Jusqu'à présent, nous n'avons fait que subir le poids considérable de la population âgée et polypathologique qui augmente. Il faut désormais agir plus tôt, sur la bonne cible, de manière forte et prolongée pour prévenir la dépendance", souligne-t-il, ce qui pourrait régler en partie les problèmes de financement de dépendance alors que la réforme a été une nouvelle fois reportée.
 
 

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Article publié le 22/02/2012

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