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Suicide

La France, lanterne rouge dans la prévention du suicide des personnes âgées

le 09 septembre 2013
Prévention du suicide d'un homme âgé [Hospimedia] - Michèle Delaunay présidait, le 18 juillet 2013, la signature d'une convention entre la SFGG et les principales fédérations d'aide à domicile. Objectif : déployer la mallette Mobiqual, outil de détection et de prévention des dépression chez les seniors. La ministre espère ainsi réduire le taux de suicides des plus de 65 ans, de l'ordre de 16,4% sur le territoire.

Longtemps taboue, la question de la prévention du suicide des âgés émerge enfin dans le paysage gouvernemental. Il aura fallu plus de vingt ans pour que le débat, jusqu'alors confiné au cercle associatif, se fasse une place dans l'agenda politique. D'abord avec la commission Le Breton, en 2009, puis, plus récemment, avec le programme Monalisa et le dispositif Mobiqual. Officialisée le 10 septembre prochain par Marisol Touraine, à l'occasion de la Journée Mondiale de la Prévention du Suicide 2013, la création de l'Observatoire national du suicide parachèvera des années de lobby associatif et citoyen. Laissant par ailleurs entrevoir une nouvelle dynamique de prévention pour les plus de 65 ans.

Les plus de 80 ans représentent 40% des suicides enregistrés

Sénescence, AVC, cancers, problèmes cardiaques... Rapporté à l'ensemble des causes de mortalité, le suicide reste très marginal chez les plus de 85 ans. Tout juste au 30ème rang des causes de mortalité pour la tranche d'âge. Logique donc pour Michel Debout, Professeur émérite de médecine légale et de droit de la santé au CHU de Saint-Etienne, fondateur de l'Union nationale pour la prévention du suicide (UNPS) et auteur du premier rapport gouvernemental sur la prévention du suicide, que l'opinion publique "n'ait pas la sensation que la problématique concerne les personnes âgées". Et pourtant, les études existantes le prouvent : le risque de mort par suicide augmente bel et bien avec l'âge. Avec 3 000 cas annuels recensés, les plus de 65 ans représentent 28% des suicides enregistrés, pour un taux d'incidence de 16,4%. Un chiffre qui passe à 40% pour la tranche d'âge des 85-94 ans. Surreprésentés, les suicides des âgés le sont aussi à échelle européenne. De fait, la France présente des occurrences de plus de deux fois supérieures à l'Italie ou à l'Espagne. Pire, avec un taux de 24,9% chez la gent masculine, et 99,8% chez les 85-94 ans, l'hexagone figure en tête des pays les plus touchés par le suicide des hommes après la Finlande. Tant et si bien que la France est devenue, dans la conscience collective de nos voisins, "le pays qui accueillait mal ses vieux".

La normalisation sociétale de signes authentiques de dépression

Comment expliquer un tel phénomène ? Pour Michel Debout, la problématique du suicide des âgés en appelle nécessairement à une autre problématique : la place que la société offre aux personnes âgées en perte d'autonomie. "Très souvent exclus, ces personnes voient en la dégradation de leur état de santé la confirmation biologique d'un état psychosocial de mort relationnelle". Aussi, le spécialiste insiste sur le rôle que joue le regard des autres sur le psychisme des personnes âgées et réaffirme la légitimité des outils de dépistage et de prévention des dépressions chez les seniors. "D'après une étude américaine, seulement 5% des plus de 80 ans avaient déjà eu des idées suicidaires. Chez les sujets dépressifs, ce taux passait à 55%, preuve qu'il y a bien un lien manifeste entre dépression et suicide". Dans ce contexte, Michel Debout le rappelle, il est nécessaire de faire bouger les mentalités. "On a bien trop souvent tendance à penser qu'il est normal pour une personne âgée de parler de la mort et de suicide. Pourtant, il s'agit là d'un signe authentique de dépression".

Régulièrement invoquées comme principales causes de dépression et de crises suicidaires chez les séniors, les périodes de rupture (deuils, entrée en établissement) confrontent les personnes âgées à leur propre finitude. Face à leur déchéance personnelle, les personnes âgées sont, pour le spécialiste "plus déterminées à mourir que quiconque". D'où le très faible taux de tentatives de suicide après 65 ans (aucune tentative pour les hommes, 3 pour un suicide chez les femmes, contre respectivement, une pour 22 et une pour 160 avant 65 ans) et la violence caractérisée des passages à l'acte de l'autre (défenestrations, pendaisons, recours aux armes à feu).

Travailler à la coopération des professionnels et renforcer la place des aidants

Bien consciente que le premier passage à l'acte est généralement le dernier, Françoise Facy, chercheuse sénior à l'Inserm et présidente de l'UNPS, revient sur "l'importance de rendre visible des efforts de prévention qui, certes, existent mais ne sont pas assez répandus". À l'image de la cellule de prévention des situations de détresse de la personne âgée de l'Ain, axée autour de la notion de réseau et de coopération, "les initiatives doivent faire tâche d'huile". Au-delà des actions des professionnels, les spécialistes insistent également sur le besoin d'accompagner l'entourage. Des aidants "naturels" qui permettent de maintenir le lien social avec la personne âgée et ainsi réduire le risque de crise suicidaire.

Cela étant, un problème de taille subsiste encore : la difficulté notoire à évaluer l'impact des politiques de prévention du suicide. Sur ce point, les experts se rejoignent : l'enjeu actuel est de développer les connaissances pour mieux connaître les réalités de terrain, pour, à terme affiner la stratégie de prévention et espérer combler le retard français sur la question. Avec l'annonce, le 10 septembre prochain, de la mise en place de l'Observatoire nationale du suicide, leurs espoirs semblent enfin se concrétiser. Restera alors, selon Françoise Facy, à "aider à la fluidité des transferts de connaissances, et à organiser les bases de la réflexion autour d'équipes pluridisciplinaires".

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 Article d'Agathe Moret publié le 06/09/2013