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Accueillir un animal en Ehpad se révèle plus bénéfique que risqué

le 12 août 2014
[Hospimedia] - Les meilleurs amis de l'homme restent incontestablement le chien et le chat. Et ce ne sont pas les résidents d'Ehpad qui diront le contraire. Les initiatives qui font entrer les animaux au cœur des établissements ont le vent en poupe. Toutefois, ces opérations ne sont pas sans contraintes.

Des résidents pas comme les autres ont fait cet été leur entrée en Ehpad. Dans plusieurs articles de presse parus ces dernières semaines, il est en effet question d'animaux. C'est ainsi que le labrador Jipsy a rejoint la maison de retraite Sainte-Camille à Pont-à-Marcq (Nord) et la chatte Câline, celle de Mézières-en-Brenne (Indre). Les animaux semblent être tout particulièrement les bienvenus dans les établissements accueillant des personnes âgées.

Règlementairement parlant, aucune législation particulière n'interdit en effet leur présence. Toutefois "la médicalisation des établissements et le respect des normes hygiéniques peuvent limiter, voire interdire la présence d'animaux dans les règlements intérieurs", note l'Agence nationale de l'évaluation et de la qualité des établissements et services sociaux et médico-sociaux (Anesm) dans sa recommandation de bonnes pratiques professionnelle concernant la vie sociale des résidents.

Pas d'interdiction légale

Dans le même temps, l'agence fait aussi référence à la circulaire Franschesci datant de 1986, toujours en vigueur, qui précise que "les personnes âgées qui ont un animal familier doivent être autorisées à le garder avec elles, dans la mesure où il ne créera pas une contrainte anormale pour le personnel et où il ne gênera pas la tranquillité des autres résidents". ll faudra définir en amont qui s'occupera de l'animal quand le résident ne sera plus en mesure d'assurer cette charge. Des contraintes qui peuvent décourager les résidents de venir accompagner de leur animal familier. Pourtant - toujours selon l'Anesm - la moitié ou un peu moins des établissements autoriseraient la présence d'animal domestique pour les résidents au quotidien.

Dans ce cas de figure, l'animal suit son maître lors de son admission en Ehpad, sous réserve que le règlement intérieur de l'établissement l'autorise et que l'âgé concerné soit en capacité de s'en occuper. La présence de l'animal fait alors partie du projet de vie du résident. Les conditions d'accueil de ce compagnon seront donc convenues avec la direction pour limiter au maximum les risques liés à sa présence. L'animal ne sera pas autorisé dans certains espaces collectifs. L'arrêté du 29 septembre 1997 fixant les conditions d'hygiène applicables dans les établissements de restauration collective à caractère social n'a aucune hésitation à ce sujet. Son article 30 interdit dans les salles de restauration "la présence d'animaux de compagnie... à l'exception des chiens guides d'aveugles". Ce texte part du principe que les animaux sont "un risque d'insalubrité pour les denrées".

L'animal comme remède 

Pourtant - toujours selon l'Anesm - "la présence d'un animal permet de limiter le sentiment de déracinement, d'avoir une présence rassurante et ainsi de renforcer la qualité de vie des résidents". Et d'ajouter que les animaux en Ehpad sont "facteurs de renforcement de liens sociaux, et ce encore plus auprès de résidents atteints de déficiences psychiques". Pour ceux qui n'en ont pas, ou qui ne sont pas en capacité de s'occuper d'un animal, des initiatives peuvent être mises en place dans l'établissement pour accueillir des "animaux visiteurs" dans le cadre d'un projet de socialisation.

C'est le choix qui a été retenu par l'Ehpad François Grèze à Lapalisse (Allier). En collaboration avec le club canin de Saint-Prix (Allier) "Les oreilles au vent", l'établissement organise depuis le début de l'année une animation chaque trimestre. Lors de la dernière, 5 animaux sont venus faire le show auprès des résidents qui ont pu les caresser, les brosser... Il s'agit d'animaux de différentes races (petits et grands), dressés et calmes, raconte à Hospimedia Michèle Berthelot, animatrice de l'établissement qui compte 230 résidents. Les animaux visiteurs ont l'habitude d'être au contact de personnes âgées. Et d'ajouter que "le contact avec ces chiens est favorable aux émotions et permet de rompre la solitude de certains résidents. Il est impressionnant de voir comment la présence des animaux les renvoie à leurs souvenirs et leur fait oublier leur état de santé".

L'animatrice ne se dit pourtant pas tentée par l'achat d'un animal pour son Ehpad, choix qu'ont pu faire d'autres établissements. Elle estime qu'il s'agit d'une responsabilité qu'elle ne pourrait pas assumer au regard du nombre des résidents, signalant au passage que dans le cadre d'unité plus petite de type Alzheimer, l'acquisition d'un animal dédié au service est plus facile à mettre en œuvre.

Les contraintes d'un animal-mascotte

Adopter un animal-mascotte pour un Ehpad implique effectivement un certain nombre de précautions d'usage. Il faudra notamment désigner une marraine d'adoption, chargée de le nourrir et de réaliser son suivi vétérinaire. Sans oublier aussi de délimiter les zones où l'animal pourra se déplacer. Et surtout il faudra veiller à l'hygiène des mains des résidents et du personnel après les caresses, confirme à Hospimedia Annie Brenet, cadre infirmière hygiéniste dans le réseau des centres de coordination et antennes régionales de la lutte contre les infections nosocomiales (réseau Cclin-Arlin Picardie). Pour elle, la présence d'un animal - si elle est cadrée et s'inscrit dans le projet de l'établissement en amont - n'est pas une contrainte, mais il faut tout anticiper. Et alors, les bénéfices peuvent être très importants (que ce soit pour les résidents ou le personnel).

Il est reconnu que les animaux apaisent les tensions et personne ne paraît remettre en question ce fait. Certains établissements ont d'ailleurs pris l'option de recréer une mini-ferme dans leur structure, délimitant ainsi un espace animalier déterminé.

Lydie Watremetz

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