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À armes inégales, les bénévoles luttent contre la solitude des personnes âgées

le 04 août 2014
[Hospimedia] – Après 4 ans de bénévolat, Jean-Luc Dezoomer vient de signer la charte Monalisa. Avec sa femme Marie-Pierre, ils font partie des premières équipes citoyennes. Leur mission ne change pas : chaque semaine, ils frappent aux portes des personnes âgées pour assurer réconfort, paroles et petits dépannages. Et lutter contre un lien social en lambeaux.

Mercredi. La visite d'aujourd'hui est quelque peu différente. Après un passage chez Huguette, 76 ans, Jean-Luc et Marie-Pierre ont quitté Dunkerque et poussé spécialement la route jusque Zuydcoote, à une dizaine de kilomètres. Tous trois vont rendre visite à Danièle. À 81 ans, elle fait partie - avec Huguette - de celles qu'ils côtoient chaque semaine, dans le cadre d'Amitié Seniors. Sauf que cette fois-ci, ce n'est pas à son domicile que se rendent les bénévoles, mais à l'hôpital maritime de la ville.

"Habituellement, les visites se déroulent le mardi et le vendredi après-midi. Mais comme Danièle n'a aucune visite de ses enfants, on va un peu au-delà, lâche Jean-Luc Dezoomer. On lui ramène son courrier, du linge propre, ma femme va lui laver les cheveux... c'est presque une visite de convivialité !" Car s'ils sont estampillés "Équipe citoyenne Monalisa" depuis mai, finalement, leur travail, ils le font depuis des années et les personnes âgées font quasiment partie de la famille.

Comme la dizaine d'autres bénévoles de l'association, le binôme a reçu de nombreuses formations. "Premiers secours, alcoolémie, gestion du deuil, de la sensibilité, cambriolages..." égraine Jean-Luc Dezoomer.Si l'on voit une anomalie, on fait remonter, on signale. L'objectif c'est de déceler un besoin et y répondre, même si c'est pour changer une ampoule." Mais souvent, les visites se résument à une présence, un échange, bien trop souvent disparu. "Quand on arrive, on sent qu'on est attendu, analyse le bénévole. Et quand le moral n'est pas au beau fixe, tant que ça ne va pas, on ne repart pas. On discute, on parle d'autre chose, mais on ne part pas. Je suis un grand bavard moi, dédramatise-t-il dans un éclat de rire,alors ça me va".

"Les vieux, c'est à l'hospice"

Une fois dans la chambre d'hôpital, on badine toujours. Pendant que Jean-Luc Dezoomer vide le contenu de son thermos dans les tasses en plastique, Danièle et Huguette parlent politique entre deux conseils de coiffure. Alors que l'odeur du café chicorée se mêle à la chaleur de plomb, s'ajoute soudainement une écrasante sensation d'abandon. Avec humour ou à demi-mot, la famille, éternelle absente, finit toujours par percer. Une petite demi-heure exceptionnelle d'un frère installé en région parisienne pour Huguette, un coup de fil pour Danièle, ça s'arrête là. "Nous, c'est à l'hospice, y'a plus que ça,soupire Danièle. Ma belle-fille a pas voulu que sa mère vienne vivre chez elle, alors c'est pas la peine de demander, ils risquent pas de prendre la belle-mère !" Malgré la bonhommie naturelle de l'octogénaire, le sourire est pincé. "C'est dur, vous savez, c'est dur."

Dans ce contexte, les difficultés de mobilité et les habitations inadaptées sont autant d'obstacles supplémentaires à la vie sociale. C'est donc d'une résidente d'hôpital à une autre, par le bouche à oreille, que l'idée de recevoir la visite d'un bénévole s'est imposée à Huguette et Danièle. Lors d'une opération à la clinique pour la première, à la maison des aveugles pour la seconde.
Visiblement convaincues par le passage hebdomadaire du couple, les deux femmes ne les troqueraient pour rien au monde. "Même si avec les jeunes, on est bien tombés", avoue Danièle. Les jeunes, ce sont Thomas, Emma et Daniel, en service civique d'octobre à juin dernier, complète Jean-Luc Dezoomer. Avec le reste de la promotion d'Unis-Cité, ils étaient une dizaine au total à venir renforcer les équipes d'Amitiés seniors.

L'implication bénévole mise à mal

Pour Jean-Luc Dezoomer, qui constate au quotidien le manque de bénévoles, ces bras supplémentaires sont les bienvenus. "S'il fallait tout faire, il nous faudrait un emploi à plein temps". Or, cela a beau être sa deuxième carrière - "sa deuxième vie" comme l'appelle l'ancien correspondant solidarité de la Lyonnaise des Eaux (on ne se refait pas) - il faut quand même se ménager du temps pour soi. C'est bien là justement, que réside le problème du recrutement des bénévoles. "Le souci, c'est que si on commence le bénévolat, on doit le continuer. Parce qu'il y a les personnes âgées qui attendent derrière. Alors oui, on a du mal à trouver des bénévoles qui souhaitent s'impliquer durablement. Nous, on est à la retraite, mais pour les jeunes, c'est encore plus compliqué à concevoir".

D'autant plus que le bénévolat relève d'une vraie organisation. Aux réunions hebdomadaires rassemblant l'ensemble des bénévoles, s'ajoute l'aide matérielle et financière du centre communal d'action sociale de Dunkerque (CCAS). Et à Jean-Luc Dezoomer de conclure : "Je ne me vois pas fonctionner autrement, constituer ma propre équipe. Ne serait-ce que pour relayer une information, un dysfonctionnement, on a trop besoin de tout ce qui va derrière la simple action bénévole". 

 

Agathe Moret, à Zuydcoote

 

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 Le guide du bénévolat 2014 est disponible